Léviathan, film monstre!

Posted by on Oct 25, 2014 in Blog

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Je découvre l’édition dvd de cette merveille documentaire qui m’avait laissé hébété au ciné.  J’avais écrit ces quelques mots pour faire part du coup de coeur…

« LEVIATHAN » de Lucien Castaing Taylor et Véréna Paravel !

Léviathan est un documentaire unique, un film monstre, choc esthétique, immersion sensorielle et organique, pure substance cinématographique, folie graphique et fauviste, un film politique, de guerre, de travailleurs et de mer,  une immense poésie de la mort et des fluides, une allégorie de l’apocalypse, un miroir de nos prédations ! Un film démiurge et démentiel.

Un film totalement radical et exigeant, à voir le bon jour, sans doute, mais qui vous suit de ses puissances des heures et des heures durant… qui vous réinjecte cette sève  qui rajeunit et chauffe à blanc la foi dans le cinéma, le doc et les enjeux cruciaux.

Nous passons 1h22, à bord d’un chalutier secoué par les  humeurs nocturnes de l’Atlantique Nord,  sur le dos et dans le ventre de la bête, lancée follement de toute sa détermination toute d’acier à l’assaut des vagues et du vivant. La bête qui saisit, arrache, étouffe, tranche tout ce qui vit, régurgitant  les scories et les têtes aux oiseaux fous, et les juvéniles, trop chétifs pour valeur et morts déjà pour toujours et pour rien.

Et  la bête n’est qu’un ventre sans répit, organisme dévorateur follement organique, avec ces flux de fluides rouges comme blêmes, ces courses de chaînes et de tuyaux, ces grilles et ces poches de retenue. Mon dieu, pauvre Jonas !

Et les hommes à bord, fantômes de chairs et de rides, faucheurs en ciré, avec les gants du massacre sont les maîtres des chaînes, des rets et des lames, mais ils ne sont aussi que des rouages que la bête actionne avec la même avidité mécanique, les pliant de fatigue.

Et cette féerie visuelle est immergée dans une bande son impressionnante de sur-mer ! Pas un commentaire, pas une interview mais un maelstrom sonore de mer et d’acier, vagues, vents et ressac, opéra de furie hauturière qui vous saisit, vous plonge, vous réduit à sa chose.

Léviathan, c’est une bande son monstre qui porte des images dont certaines font partie des plus belles du cinéma, d’autant plus belles qu’elles fixent d’une haute manière des instants de vie et de mort de la vie des hommes et des autres vivants.

Léviathan, c’est la bête qui avance, creuse tête baissée son sillage d’écume et de sang. C’est le bras armé des hommes qui déciment aux abysses dans une inconscience suicidaire. Léviathan, c’est vous, c’est moi !

Et heureusement  pour la paix nocturne de l’humanité que les poissons meurent en silence.

Léviathan, c’est une tristesse sans fond de voir le monde couler à pic dans un océan mort.