Projet long métrage (en développement)

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« Dors ! Ton frère est mort »

Il s’agit sans doute d’un polar.
Il s’agit sans doute aussi d’un film de fantômes.
Certainement d’un film sur les dons et les différences… avec des espèces de « Xmen » du quotidien, des « Xmen » peu glorieux qui ont laissé la vie recouvrir leurs talents…pas vraiment des « Xmen », finalement.
Il y a bien des flics, des truands, des ados, un casting de surdoués en prison, un boxeur vaudou, une mère de toutes les mères, une espèce de braquage, un sur-braquage, des molosses qui gardent l’argent, un trafic de marchandises hors catégorie, des rebondissements, des gens qui s’aiment, des amours qui deviennent impossible …
Et puis la question remonte des temps, vibrante ad vitam… est-on le gardien de son frère ? Jusqu’où ? Comment aimer un fantôme, vivre auprès… quand la présence de l’autre ne fait que hanter ?
Et comment supporter de … ne plus supporter la nature du frère ?
Dormir, dormir… combien de nuits blanches, combien de pas pour laisser choir la mue du gardien et se glisser dans l’étoffe de celui, qui forcément, blesse ?
Dormir enfin !
Mais peut-on vraiment dormir si l’on se sent être devenu le bourreau de son frère ?


Interview Jean-Dominique Ferrucci

– Comment est née cette histoire de fantômes dans la ville ?
J-D. Ferrucci : J’aimais beaucoup l’idée de mettre de la magie dans la vie. La ville étant une concentration de « quotidiennetés ».  Pas une magie de fantasmagorie, d’Heroic fantasy ! Non, une magie possible, une magie intégrée dans le réel, à laquelle on peut croire. Après tout la moitié de l’humanité, plus si on compte les croyances religieuses, intègre une forme de magie dans la vie quotidienne.

– Vous évoquez l’influence des X-Men ?
J-D. Ferrucci : Oui, je trouve cette idée des X-Men passionnante (les X-Men et tous les autres personnages dotés de pouvoirs). Ce que le gros cinéma américain en fait ne m’intéresse pas beaucoup, ils ne sont pas très forts en contenu, en complexité de la vie et en ambivalences…or la question des « pouvoirs », il faudrait plutôt dire « dons » ou « talents », génère des situations d’une grande richesse.

– Par exemple ?
J-D. Ferrucci : En vrac, cela pose les questions de l’identité, de l’altérité, de la différence, de la peur et de l’envie, de la place au milieu des autres, de l’intégration sociale, de ce que l’on fait de soi, de ses lignes de force, de la manière dont on cultive précieusement un talent particulier, donc identitaire, ou dont on l’étouffe… tout cela étant indissociable des histoires personnelles, archaïques…vous imaginez le degré de complexité, le nombre de variantes….. c’est passionnant , et puis cela concerne tout le monde… et puis c’est d’une infinie poésie !

– Qu’entendez-vous par poésie ?
J-D. Ferrucci : Mais la poésie est dans la vie ! Heureusement ! La poésie aide à vivre, je trouve. Et ces histoires de « pouvoirs » sont d’une poésie folle ! Par exemple, dans « Dors, ton frère est mort ! » il y a un vieux boxeur vaudou un peu malingre qui a passé du temps en prison sans se servir de son pouvoir. Sa mère était haïtienne et son père boxeur, donc il savait boxer à distance, c’est à dire frapper dans le vide et faire tomber un adversaire à 5 ou 10 mètres. Non pas parce qu’il avait de longs bras comme un super héros, mais parce qu’il était habité d’un pouvoir vaudou hérité de sa mère. Mais dans l’histoire, il est vieux, plus du tout entraîné, alors ça cafouille, et pourtant certaines personnes ont besoin de son talent, et lui aurait besoin de son propre talent pour retrouver quelque chose comme une dignité… il y a aussi le pouvoir du cri ou le pouvoir de cette vieille femme mère de tous les hommes, c’est à dire qu’elle sait réduire les hommes à l’état psychique de petit garçon ! Ce n’est pas une idée follement poétique ça !

– Il ne s’agit pas vraiment de super-héros ?
J-D. Ferrucci : Franchement, difficile de ne pas tomber dans le panneau du film destiné aux adultes un peu adolescents quant on parle de super héros ! Les mots « super » et « héros » sont très suspects à mes yeux !  Bon, ça dépend vraiment de la manière dont on le traite.  Un des personnages de ce projet avait le pouvoir de sortir de son corps et de se balader la nuit comme une ombre, une âme presque. Donc il aidait ses amis-associés à préparer des cambriolages…mais il buvait aussi, sans doute pour faire face à sa manière à ce talent si particulier qui bouscule les lois de l’humanité…alors une nuit, il est tellement saoul qu’il ne retrouve pas son corps…c’est dramatique, car le corps, lui, a obéi aux règles immuables de la chimie qui régit la vie, il s’est abîmé, il a fallu l’enterrer…et l’ombre a continué d’errer, perdant sa vie, ses amis…. Mais malgré tout, il continuait d’exister…ce film raconte comment la vie se poursuit…et puis évidemment, les « talents » si particuliers rendent l’intégration et les modèles sociaux difficiles, donc les personnages sont plutôt border line, pour ne pas dire border-loi ! D’où toute une histoire policière, avec de l’action aussi.

– Peut-on dire qu’il s’agit d’un film policier ?
J-D. Ferrucci : Oui ! Mais pas que ! C’est aussi un film de fantôme, un film poétique qui pose les questions évoquées plus haut. Un film d’enjeux pour les personnages. Avec une vraie dramaturgie, de l’action… un film assez total…que j’aimerai voir… !